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«Rester réveillé n’est pas difficile pour moi» – un gardien de nuit raconte son quotidien au travail

05. septembre 2016

Dans les centres d’hébergement pour requérants d’asile, le calme est de mise la nuit. Selon les centres d’hébergement, un ou plusieurs gardiens de nuit d’ORS sont de service pendant ce temps. Ils assurent la sécurité du centre d’hébergement et sont les interlocuteurs désignés des requérants d’asile pour toutes leurs demandes. Au-delà de la formation, de nombreux critères sont essentiels au bon accomplissement de cette tâche. Cela requiert en outre des compétences sociales, des connaissances linguistiques, beaucoup d’autonomie, de fiabilité et de calme, mais aussi la capacité de s’imposer et de garder un positionnement clair et professionnel par rapport au rôle et à la mission. Jigme, 29 ans, est employé en tant que collaborateur ORS pour la nuit et les week-ends au centre de 1er accueil d’Oberhalden dans le canton de Zurich. Dans cette interview, il explique sa mission, ce qui lui plaît dans ce travail et ce que cela représente de rester éveillé toute la nuit.

Comment et pourquoi es-tu devenu collaborateur pour la nuit et les week-ends?

J’ai tout simplement répondu à une offre d’emploi. Je ne tenais pas particulièrement à travailler en tant que gardien de nuit. Ce qui m’intéressait, c’était d’être employé dans un centre de 1er accueil. Je n’avais encore jamais travaillé dans le domaine de l’asile. C’est un thème, avec celui des réfugiés, qui était très présent dans les médias l’année dernière. Et mes parents sont eux-mêmes des réfugiés. Le domaine de l’asile me tient donc particulièrement à cœur.

Quel est ton parcours professionnel?

En ce moment, j’accomplis mon service civil dans le service technique d’une maison de retraite à Frauenfeld. C’est pourquoi je ne suis employé qu’à 20% chez ORS pour le moment. Sinon, d’ordinaire, je travaille à 80% chez ORS et, en parallèle, j’étudie le droit comme matière secondaire pour terminer mes études en politique.

A quoi ressemble une journée de travail typique?

Le service de nuit débute à 21h00 et se termine à 6h45 le lendemain matin. Le ou la collègue du service précédent me fait un court rapport à l’aide du livre de bord et m’informe de ce qui s’est passé pendant son service. Ensuite, j’effectue ma première ronde, je salue les résidents et je conduis des entretiens. Pendant cette tournée, j’effectue également un contrôle des visiteurs, car les horaires de visite se terminent à 20h00. Il arrive que je croise encore des visiteurs à qui il faut demander de quitter le centre.

A 22h00, au centre d’Oberhalden, nous avons l’habitude de procéder à une séance de ménage. Je donne le matériel adéquat aux résidents afin qu’ils nettoient la cuisine. A minuit, c’est l’extinction des feux et, en tant que gardien de nuit, je suis responsable de le faire respecter. Maintenant, c’est l’été et il fait chaud, les gens aiment volontiers passer la soirée à l’extérieur. Mais normalement, le couvre-feu est à 1h00 dernier délai. En ce moment, c’est très calme chez nous, car tout un étage est occupé par des familles et le contrôle y est très rapide. Chez les jeunes hommes par contre, il est parfois nécessaire de passer dans leur chambre lorsqu’ils font trop de bruit.

Pendant la nuit, j’effectue des rondes toutes les heures. Sinon, il y a aussi un contrôle téléphonique quatre fois par nuit, un système de sécurité pour les gardiens de nuit qui travaillent seuls. Un collègue d’un autre centre m’appelle, puis j’appelle à mon tour un autre centre.

En quoi le service du week-end est-il différent?

Le service du week-end est similaire au service de nuit. Il existe deux services: le premier service entre 6h30 et 16h00 et le deuxième service entre 12h15 et 21h15. L’après-midi, l’accompagnement s’effectue toujours à deux personnes. Pendant cette période, une personne reste dans le bureau et à la réception pendant que le deuxième collaborateur circule dans la maison et dans la cour. Pour nous qui travaillons la nuit et les week-ends, ce moment est idéal pour apprendre à connaître les résidents. Lors des activités d’accompagnement, on entame facilement la conversation autour d’une table de billard ou de ping-pong.

A la réception, le collaborateur est la personne de contact qui se tient à la disposition des requérants d’asile. La plupart d’entre eux y viennent pour emprunter quelque chose, que ce soit un jeu, un rasoir ou un sèche-cheveux. Quand des visiteurs se présentent au centre, nous consignons leurs données personnelles et leur indiquons les horaires de visite. De plus, nous vendons aux résidents des billets pour qu’ils puissent se déplacer en ville en transports publics. Pendant le premier service, nous effectuons à 10h00 un grand ménage et les résidents nettoient les salles de bain et les couloirs.

Quelles sont tes tâches principales en tant que gardien de nuit?

Je suis avant tout l’interlocuteur des requérants d’asile qui vivent ici. Quand les résidents ont des questions ou des demandes, j’essaye d’y répondre ou je les adresse à l’équipe de jour. Il y a aussi des résidents qui ont besoin de médicaments sous prescription et qui doivent les prendre à la réception sous notre contrôle. Pour les problèmes de santé mineurs comme les maux de tête, nous disposons d’une petite pharmacie contenant des médicaments sans prescription. Nous sommes surtout responsables de faire régner la sécurité et l’ordre dans la maison pour le confort des résidents. Mais ce n’est vraiment pas un problème dans les centres d’accueil. Chez nous, le calme règne la plupart du temps et les personnes se plient volontiers d’eux-mêmes aux règles de vie du centre.

Est-ce que tu trouves ça difficile de rester réveillé toute la nuit?

Certes, je dois rester réveillé toute la nuit, mais je ne trouve pas ça difficile. La première nuit, on a la même impression que lorsqu’on rentre tôt le matin après une sortie. Dès la première nuit, je me mets dans le rythme pour ne pas être trop fatigué la deuxième. Entre deux rondes, je passe mon temps à lire ou parfois à étudier avant des examens. Mais le temps passe très vite.

La plupart du temps tu travailles seul. Est-ce que le travail d’équipe ne te manque pas parfois?

Quand je travaille la nuit ou le week-end, je ne vois les collègues et mon supérieur qu’au moment d’arriver et de partir. Toutefois, si j’ai besoin de quoi que soit de la part du responsable du centre ou de son remplaçant, ils sont toujours très facilement joignables par téléphone ou par e-mail. C’est vrai que j’ai appris à mieux connaître beaucoup de mes collègues quand je faisais partie des équipes de jour. Quand on travaille seul de nuit ou le week-end, il y a peu d’occasion d’échanges avec les collègues et l’équipe, mais ça ne me dérange pas.

Qu’est-ce qui te plaît dans ton travail?

Ce qui me plaît avant tout ce sont les entretiens avec les résidents, en savoir plus sur leurs histoires, la situation dans leurs pays d’origine et les différences culturelles. Je trouve ça passionnant. Je ne sais pas comment ça se passe dans les centres d’hébergement d’urgence, mais ici dans notre centre de 1er accueil, les personnes et leur comportement les unes envers les autres sont très agréables. Elles viennent aux entretiens, elles racontent beaucoup et il n’est pas rare que l’une d’entre elles se présente à la réception avec l’envie de parler. Cela donne parfois lieu à des conversations longues et passionnantes.

Lorsqu’on travaille seul de nuit ou pendant le week-end, on est un peu livré à soi-même et on porte seul toutes les responsabilités. Mais cela a son attrait: on se sent d’autant plus responsable et ça me plaît bien.

Quels sont les plus grands défis?

Personnellement, mon plus gros défi c’est de conserver une certaine distance. Et je ne parle pas seulement des contacts directs avec les requérants d’asile, mais aussi après le travail quand je rentre chez moi. Pour moi, au début, il n’a pas toujours été facile de ne plus penser aux personnes qui étaient dans des situations difficiles. Car en se confrontant aux histoires personnelles des autres, on prend conscience de la situation privilégiée dans laquelle on a la chance de se trouver soi-même et on se demande: pourquoi moi et pas les autres? Conserver une distance par rapport à ces questions peut parfois représenter un défi.

Selon toi, quelles sont les compétences importantes pour bien accomplir ce travail?

Il faut faire preuve de bon sens. Il existe de nombreuses situations auxquelles on ne peut pas se préparer. Cela ne se manifeste pas nécessairement de manière dramatique mais plutôt dans une quantité de petites choses. Il faut très souvent improviser. Sinon, il faut faire preuve d’ouverture envers les personnes qu’on a en face de soi et garder à l’esprit que tous les résidents ont fui et ont un voyage éprouvant derrière eux. Il faut être sensibilisé à ces situations particulières.

Qu’est-ce que tu aimes dans ton travail à l’ORS?

Chez nous, au centre de 1er accueil Oberhalden, le travail d’équipe est excellent. L’équipe est super car chacun de ses membres est très engagé personnellement et l’entente au sein du groupe est très conviviale. J’apprécie le travail en lui-même et je m’y rends avec plaisir. L’offre de formation continue est elle aussi très intéressante et je peux mettre à profit ce que j’apprends dans mon travail.

Vous trouverez plus d’informations sur le profil de poste de gardien de nuit sur notre page emploi.



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